Cela fait un an mais je reprends les notes que j’avais rédigé une quinzaine de jours après mon accouchement aux copines d’un serveur Discord pour me remémorer les détails, je vous mets entre guillemets ce qui est tiré des dites notes et je vais m’auto commenter avec amusement sur ce que je me souvenais ou pas, ce qui s’est transformé dans mes souvenirs.
« Alors globalement l'accouchement a été très éloigné de ce que j'avais imaginé mais pas en mal au final. »
Et c’est sacrément vrai même après un an je me rappelle très bien que j’avais imaginé le fait d’accoucher complétement différemment, on peut dire que j’étais très mal informée sur l’interlude avant le début et la sortie effective ! Quelle nouillerie les accouchements dans les films qui montrent que quand on pousse et le fait que ma mère ait eu des accouchements entre 2h50 et 50 minutes après rupture de la poche des eaux !
« J'ai eu des contractions [5 jours avant le terme] à partir de 11h30, espacées et irrégulières jusqu'à atteindre un point qui me semblait culminant et rapprochés sur le coup de 20 heures. Coup de fil à la maternité, j'ai attendu que mon père vienne me chercher et zou pour l'examen histoire de voir ce qu'il se passait et où on en était. A 21 heures j'étais sur une ouverture de 2cm et le sage-femme (c'était un homme donc mdr je suis tombé sur le seul monsieur officiant à ce poste dans l'hôpital) m'a expliqué que ça voulait tout et rien dire car mes contractions étaient en fait toujours irrégulières en intensité et pas si régulières côté espacement en temps. Il m'a expliqué que je pouvais tout autant commencer le travail dans 2 heures que dans 24 et là je me suis un peu liquéfiée.
Ça faisait plusieurs jours que je dormais mal à cause du bidou un peu envahissant et que j'avais des douleurs ligamentaires dans les hanches très sporadiques mais très douloureuses quand elles se manifestaient, la semaine d'avant comme j'ai eu droit à une inondation et des travaux dans mon appart, j'avais quasi pas dormi correctement une nuit. Bref, j'étais pas super en forme et du coup quand on m'a proposé, péridurale et déclenchement pour que le bébé arrive dans 12h max, ou morphine pour soulager la douleur (mais le bébé est affecté par l'endormissement même si soi-disant c'est pas grave), ou observation simple le temps de voir ce qui arrive, j'ai demandé 10 minutes de réflexion. Au vu de ma fatigue importante, je me suis dit si je fais nuit blanche je suis pas sûre d'arriver à accoucher naturellement et s'il y a un truc que je voulais vraiment pas c'est une césarienne.
Du coup à mon propre étonnement mais je pense que j'ai bien fait surtout en connaissant la suite, j'ai accepté la péridurale. »
Avec le recul, je me rends quand même compte que le corps médical m’a fait douter de moi, de ma capacité à accoucher, à tenir le choc. Et on m’a même déculpabilisée au cas où je raterais mon allaitement au lieu d’avoir des propos mesurés tout en restant encourageant.
« Ça a été rapide et précis, un peu dur de pas bouger parce que j'avais quand même beaucoup de contractions dont des très intenses. Y'a une sage-femme qui m'a prise par les épaules et guidée pour respirer et bouger le moins possible, ça a été d'un grand soutien. Soulagement progressif jusqu'à sentir la pression des contractions mais sans douleur, on me précise de garder les jambes tendues même si j'ai envie de me recroqueviller pour que l'anesthésiant se répartisse bien et qu'on évite qu'un endroit soit plus endormi qu'un autre. J'arrive quasiment à somnoler et prend un peu de repos pendant que je parle avec mon compagnon. On me fait un point à peu près toutes les heures et c'est là que ça devient rigolo. Au tout début on m'a dit que j'étais peut-être en "faux travail" sauf qu'une heure après je suis à 4cm, la fois suivante 6-7cm, et celle d'encore après ouverture totale et bébé commence à s'engager dans le bassin. 1h30 on commence à tout préparer autour de moi parce que bébé est descendu le plus bas possible et que maintenant va falloir pousser. A noter que mes contractions sont restées irrégulières tout du long, et ont quand même été diablement efficaces ! Je n'ai pas eu mal pour rien au début au moins xD
Pour celles qui ne sont pas trop au courant comme moi je ne l'étais pas, le moment où on pousse c'est censé durer 20 à 30 minutes. Au-delà des 30 minutes, on appelle un gynéco et on utilise généralement des "outils", c'est à dire des ventouses ou forceps pour aider le bébé à sortir. Je suis dans une situation un peu particulière à ce moment-là, je n'ai pas perdu les eaux alors que je pensais que c'était quasi systématique apparemment pas tant que ça. Donc bébé est toujours bien enveloppé au chaud et ça aussi ça a son importance.
Lors de mon dépistage pour le streptocoque B, c'est revenu positif c'est une bactérie de la flore vaginale qui est présente de manière bégnine chez la femme mais qui peut être très dangereuse pour le bébé dans un petit pourcentage de cas. Et lorsqu'on a ce souci, on doit prendre des antibiotiques afin que bébé soit protégé. Sauf que l'antibiotique a besoin d'agir pendant 6 heures pour que la couverture soit complète. Si vous faites un petit calcul, mon entrée officielle à l'hôpital était à 22 heures donc je les ai reçus un peu après, et j'ai accouché à 2h41. C'est donc la poche des eaux qui protège bébé à ce moment-là et le choix est fait de ne pas la percer et que je pousse avec. Sauf que la poche des eaux est une petite coquine, elle complique un peu la poussée et fait remonter le bébé vers le haut dès que je m'arrête. Commence alors 45 longueeeeeees minutes de poussée. »
Et c’est fou, plein de femmes m’ont dit on oublie la douleur et les efforts, ben je trouve ça archi faux je n’ai absolument pas oublié comme c’était dur alors même que je n’avais pas mal mais juste que je poussais désespérément et que mon énergie disponible frôlait le zéro pointé.
« Dès que j'ai une contraction, je dois retenir ma respiration et pousser le plus longtemps possible. Dans une ambiance calme et détendue je peux retenir ma respiration presque une minute, là je tenais 12-15 secondes max avec l'effort, et je devais faire ça 4 fois d'affilé en reprenant mon air le plus vite possible avant d'enchainer. Au bout de 30 minutes, on voit les cheveux de ma fille mais la fin est difficile, je suis à bout de souffle, je transpire comme si j'avais couru un marathon et le sage-femme fait le choix de percer la poche des eaux et de me laisser 5 minutes avant d'appeler la gynéco, sauf que je suis déjà en KO technique et que bébé a le cœur qui commence à faiblir. Du coup intervention de la gynéco avec ventouse pour empêcher bébé de remonter quand je pousse, car naturellement bébé a tendance à remonter entre chaque poussée. Et 5 minutes plus tard ma fille était là. Petit moment de panique pendant 15 secondes car elle n'a pas crié tout de suite mais au final tout est bien qui finit bien ! »
Et c’est marrant parce que je revois la gynéco qui me dit « normalement on fait pas de point mais y’a une petite déchirure et… » et je la coupe « faites comme vous voulez » à deux doigts de dire je m’en fous là fais ce que tu veux et ferme là mdr. Mais ce n’aurait pas été très gentil !
« Du coup ce que j'en retire comme conseil à donner et ce que je retiens pour un futur accouchement pour moi. La péridurale bien dosée permet vraiment de sentir sans avoir mal, il ne faut pas hésiter à demander moins si besoin mais moi j'ai clairement dit que je voulais une dose légère et la personne a très bien dosé. Sur la fin je sentais moins bien mais clairement parce que j'étais très fatiguée et essoufflée. La péridurale n'empêche pas du tout d'accoucher vite visiblement xD
Je n'ai eu aucun effet secondaire derrière, j'ai été en forme dans les heures qui ont suivi dès lors que j'ai récupéré de l'effort. Attention aux courbatures punaise ! J'étais pas du tout prête à la douleur que l'effort a provoqué !!! 15 heures après l'accouchement tous mes muscles me faisaient mal comme jamais avant xD
Et globalement, si vous êtes en forme je pense que c'est tout à fait faisable d'accoucher naturellement. Certes les contractions ça fait mal mais on oublie vite entre deux douleurs. Par contre si vous êtes fatiguée, la péridurale ça peut vous permettre d'éviter une césarienne au cas où vous n'arriveriez pas à expulser le bébé dans les temps donc à vous d'évaluer le jour J. Je pense que c'est ça que je retire de l'expérience ! Après on est vite happé par bébé et tout ce dont il a besoin donc l'accouchement ça devient très rapidement un lointain souvenir. »
Je nuance mon dernier paragraphe, on est dans un état second les jours, semaines qui suivent, mais après les souvenirs peuvent très bien revenir si on s’y penche et je n’ai pas oublié non plus que ça me brûlait quand je faisais pipi et que mes courbatures ont duré pas moins de huit jours, tout ça à cause de ce sage-femme qui m’a dit « vous pousserez toujours plus fort et ça ne sera jamais assez » je le retiens ! Moi faut pas me dire ça, j’ai littéralement détruit mon corps à pousser n’importe comment en utilisant tous mes muscles même ceux qui auraient pas dû servir ! Et après coup je me demande si la péri est pas rentrée en conflit avec cet exercice de poussée. Si j’ai la chance d’avoir un deuxième enfant j’espère que je serais assez forte pour pas la demander et me faire ma propre idée.
Mais ça reste un beau moment, je revois mon cher et tendre a qui on a donné le bébé et qui ne s'y attendait pas "c'est la votre monsieur" lui dit le sage-femme en lui lâchant dans les bras sans attendre sa réponse, il vient vers moi et me dépose ma merveille pour le peau à peau. Et là c'est bon, mon cerveau se détend, je m'en fiche que le sage-femme me dise qu'un enfant c'est très bien, que la grossesse ça détruit le corps, que je dois penser à la contraception alors que ça fait 10 minutes que bébé est sorti. Moi je suis stone et heureuse, bébé est sorti. Mais Monsieur a ma grande surprise alors qu'il n'en voulait pas forcément un autre s'en est offusqué tellement fort que le souvenir me fait sourire.
Voilà, Pavé César comme on dit xD