Mes enfants sont assez papa, et pourtant je trouve qu’il s’emporte beaucoup. Trop d’amplitudes dans ses réactions, il peut être très câlin, fun, patient, puis partir en vrille. Moi je suis d’humeur plus égale (chiante tout le temps dirait mon mari), mon modèle absolu c’est le détachement faussement austère de Julie Andrews dans Mary Poppins. Mais je ne qualifierais pas de « rejet » les périodes où les enfants boudent ou ne veulent plus me parler, faut bien que ça sorte et c’est l’affaire de quelques heures/ jours, c’est l’expression d’une colère ou d’un ressentiment à un moment donné. Je passe mon temps à leur seriner qu’il faut faire des efforts pour paraître civilisés, parce que personne n’a envie de traiter avec des gens qui ont des comportements anti sociaux (cris, agressivité, manque de politesse), et que si on n’y arrive pas, on se met en retrait. Ça me paraîtrait bizarre de leur signifier que c’est problématique de leur part de me ghoster un moment s’ils m’ont trouvée désagréable, c’est le jeu – on peut se permettre cette mise à distance temporaire qui permet à tout le monde de souffler, marquer son désaccord et poser ses limites, justement parce qu’on sait que ça n’a rien à voir avec l’amour et la solidité de la relation. La colère et le ressentiment vis-à-vis des frères et sœurs sont normaux et ont leur place aussi, j’essaie d’y mettre les formes (tu détestes Machin, tu veux dire que tu es fâchée très très fort contre elle, c’est vrai qu’elle n’a pas été sympa avec toi, tu as le droit de le dire et de lui en vouloir etc), mais bon, mon mari n’y est pas du tout et moi pas toujours, ça me semble un peu hypocrite d’être exigeante sur ce point.
Je me rappelle ma grand-mère, en phase palliative d’un cancer du sein, qui était tombée sur mon petit frère après un « je voudrais que tu ne sois plus jamais là ! » qui m’était destiné. Ça l’avait visiblement touchée (on ne le comprenait pas à l’époque, mais la perspective de sa propre mort devenait très concrète), elle l’avait grondé « tu ne peux pas dire ça, c’est comme si tu souhaitais que ta sœur meures, tu imagines ? ». Elle avait simplement projeté sa propre angoisse sur nous, mais du haut de mes 11 ans, j’ai pensé 1/ mon petit frère veut vraiment ma mort, quelle horreur !?, 2/ Un zéro pour moi, voyons jusqu’où on peut pousser l’avantage. Tout ça pour dire que c’est parfois nous, adultes, qui dramatisons des propos très cash ou bruts, mais qui n’ont pas réellement de fond et ne prêtent pas à conséquence, perso j’ai tendance à penser qu’il vaut mieux que ça sorte.